Mille cinq cents dollars par mois. C’est le seul critère financier qui sépare un retraité français d’un permis de résidence mauricien de dix ans, renouvelable.
Ce chiffre explique à lui seul pourquoi Maurice est devenue, en une quinzaine d’années, l’une des destinations de retraite les plus recherchées par les Français. Il explique aussi pourquoi je vois arriver des dossiers mal préparés : la condition est si simple qu’on en oublie tout le reste, à commencer par le logement, la santé et la fiscalité de vos pensions. Reprenons dans l’ordre.
Le permis retraité, en trois conditions
Le permis de résidence pour retraité est délivré par l’Economic Development Board. Il repose sur trois conditions cumulatives :
- Avoir cinquante ans révolus. C’est une condition d’âge stricte, sans dérogation.
- Transférer au moins 1 500 dollars américains par mois sur un compte bancaire mauricien, soit 18 000 dollars sur l’année, et pouvoir le justifier.
- Être en bonne santé et fournir les certificats demandés lors de l’instruction du dossier.
Le permis court sur dix ans et se renouvelle. Après dix années de résidence effective, vous pouvez demander un permis de vingt ans. Votre conjoint et vos enfants de moins de vingt-quatre ans obtiennent un permis rattaché au vôtre.
Le parcours du permis retraité
- 50
Cinquante ans révolus
Condition d'âge stricte, sans dérogation possible.
- $
1 500 USD par mois
Un transfert mensuel régulier et traçable sur un compte bancaire mauricien à votre nom, soit 18 000 dollars sur l'année.
- ✓
Dépôt du dossier
Instruction par l'Economic Development Board, avec justificatifs de santé et de logement. C'est la complétude du dossier qui fait le délai.
- 10
Permis de dix ans
Renouvelable. Le conjoint et les enfants de moins de vingt-quatre ans obtiennent un permis rattaché.
- 20
Puis vingt ans
Après dix années de résidence effective, vous pouvez prétendre à un permis de vingt ans.
Un point technique que je répète à chaque rendez-vous : c’est la régularité du flux qui compte, pas seulement son montant. Un virement mensuel documenté, depuis un compte à votre nom, sur un compte mauricien à votre nom, ne posera jamais de question. Un versement annuel unique, ou des transferts venant du compte d’un tiers, en posent beaucoup.
Le parcours complet, expliqué de vive voix :
Ce que le permis donne, et ce qu’il ne donne pas
Il donne le droit de résider, d’ouvrir des comptes, de louer ou d’acheter un logement, de faire venir sa famille proche, et de circuler librement.
Il ne donne pas le droit de travailler ni d’exercer une activité rémunérée à Maurice. Si vous comptez garder une petite activité de conseil, même à distance, ce n’est pas le bon permis : il faut regarder du côté du permis d’occupation ou du dispositif dédié au télétravail. C’est une confusion fréquente et elle se règle en amont, jamais après.
Se loger : louer d’abord, acheter ensuite
Je vais vous dire quelque chose qui ne sert pas mes intérêts immédiats : ne cherchez pas à acheter avant d’avoir vécu ici.
Le permis retraité suppose que vous disposiez d’un logement à Maurice, mais une location convient parfaitement pour l’obtenir. Louez un an. Vous découvrirez que le nord et l’ouest n’ont ni le même climat, ni le même vent, ni la même vie sociale que le sud ou l’est ; que la proximité d’un hôpital compte davantage à soixante-dix ans qu’à cinquante-cinq ; et que la maison de rêve vue en photo en juillet peut être invivable en février.
Les loyers vont grossièrement de 50 000 à 200 000 roupies mauriciennes par mois selon la région, le standing et les prestations, soit à peu près de 1 000 à 4 000 euros. L’écart est considérable et il correspond à des réalités très différentes : un appartement confortable dans un village de l’ouest n’a rien à voir avec une villa de front de mer dans une résidence gardée du nord.
Une fois l’année écoulée, l’achat prend tout son sens, d’autant qu’un bien acquis dans un dispositif ouvert aux non-citoyens ouvre lui-même un droit de résidence, ce qui vous rend indépendant du critère de transfert mensuel.
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La santé, le vrai sujet d’une retraite à l’étranger
C’est mon cheval de bataille et c’est la question sur laquelle je vois le plus de décisions se jouer.
Maurice dispose d’un système de santé à deux étages. Le public est gratuit ou quasi gratuit, y compris pour les résidents étrangers, avec des hôpitaux répartis sur toute l’île. Le privé regroupe des cliniques modernes, souvent équipées au niveau européen, avec des praticiens formés en France, en Afrique du Sud ou en Inde. Les délais y sont courts, ce qui change beaucoup de choses quand on vieillit.
Le pays s’est construit une vraie place comme destination médicale régionale, en cardiologie et en chirurgie notamment. Ce n’est pas de la communication : des patients viennent d’Afrique de l’Est et des Seychelles pour s’y faire opérer.
Vos pensions et vos impôts
Maurice applique un taux d’imposition sur le revenu parmi les plus lisibles qui soient, et une convention fiscale lie le pays à la France pour éviter que les mêmes revenus soient imposés deux fois.
Je m’arrête ici volontairement. La façon dont votre pension sera traitée dépend de sa nature : une retraite du privé, une pension de la fonction publique et des revenus fonciers français ne suivent pas les mêmes règles, et votre situation personnelle pèse autant que le texte. Je ne connais pas de sujet où les approximations lues sur les forums coûtent aussi cher.
La vie quotidienne, une fois installé
C’est la partie dont on parle le moins et qui décide pourtant de la réussite d’une retraite ici.
Les journées se remplissent vite : golf, plongée, voile, randonnée dans les réserves du sud, marchés, associations. La communauté française est nombreuse et structurée, avec ses clubs et ses réseaux, ce qui facilite les premiers mois. Je conseille toutefois de ne pas s’y enfermer : les retraités qui s’épanouissent le plus ici sont ceux qui se sont fait des amis mauriciens, pas ceux qui ont recréé un club français sous les tropiques.
L’ennui, quand il arrive, vient rarement de l’île. Il vient d’un projet de retraite pensé comme des vacances longues. Une retraite réussie à Maurice ressemble à une vie, avec des habitudes, des engagements et des gens.
Ce que Maurice n’a pas : les maisons de retraite
Il faut le dire clairement, parce que la question m’est posée et que la réponse déçoit.
Maurice ne dispose pas d’un réseau d’établissements médicalisés comparable à celui de la France. Il existe quelques structures privées, et l’aide à domicile est abordable et de bonne qualité, ce qui permet de rester chez soi bien plus longtemps qu’en Europe. Mais si votre projection à quinze ou vingt ans repose sur une prise en charge institutionnelle en cas de perte d’autonomie, ce n’est pas ici que vous la trouverez dans les mêmes conditions.
Ce n’est pas un argument pour renoncer, c’est un paramètre à intégrer. La plupart de mes clients retraités le résolvent en gardant un pied en France et une couverture qui prévoit le rapatriement.
Ce que je vous conseille
Venez d’abord, longuement, hors saison. Louez un an avant d’acheter. Réglez la couverture santé avant de partir et la fiscalité avant de vendre quoi que ce soit en France. Et choisissez votre région pour ses commodités autant que pour sa vue : à soixante-dix ans, la distance jusqu’à la clinique compte plus que celle jusqu’à la plage.
Le reste est un des plus beaux endroits du monde pour vieillir, et je le dis en connaissance de cause. Venez passer une semaine avec moi, on regardera ensemble ce que votre projet donne concrètement. Expat un jour, expat toujours.
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