Couple d'expatriés souriant dans une rue commerçante ensoleillée de l'île Maurice

La sécurité à l’île Maurice : ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas

Vie pratique Romuald Rousseaux 7 min

« L’île Maurice est dangereuse. » Voilà l’objection, posée telle quelle. Elle est fausse dans sa forme absolue, et elle contient pourtant deux choses vraies qu’aucune brochure ne vous dira.

Je vis ici depuis quinze ans. Mes enfants y ont grandi, mes clients s’y installent en famille, et je n’ai jamais eu à conseiller à quiconque de renoncer pour des raisons de sécurité. Cela ne veut pas dire qu’on y vit sans précautions, ni que tout se vaut d’une région à l’autre. Voici ce qu’il en est réellement, sans complaisance et sans dramatisation.

Policier mauricien en tenue, bras croisés, dans une rue de l'île Maurice
La police mauricienne est présente et visible, y compris dans les zones touristiques.

Ce que disent les classements

L’île Maurice figure régulièrement en tête des pays africains dans les index internationaux de paix et de sécurité. Au relevé de 2023, elle se situait autour de la vingt-troisième place mondiale et à la première place du continent.

Un classement ne fait pas une expérience de vie, et je me méfie des chiffres qu’on brandit sans les expliquer. Celui-ci dit toutefois quelque chose de solide : il n’y a pas eu ici de troubles civils majeurs, pas de rupture politique violente, pas de zone soustraite à l’autorité de l’État. La stabilité institutionnelle du pays est ancienne et elle se ressent dans le quotidien.

Ce qui existe réellement : les atteintes aux biens

La délinquance mauricienne est une délinquance d’opportunité. Vols à la tire dans les marchés et les zones touristiques, sacs laissés sur une serviette de plage qui disparaissent, cambriolages de maisons vides pendant les vacances, effractions de véhicules mal garés.

C’est réel, c’est documenté, et cela concerne surtout les visiteurs distraits et les logements manifestement inoccupés. Les réflexes qui valent à Marseille ou à Barcelone valent ici : on ne laisse pas un téléphone sur une table de restaurant, on ne se promène pas avec une montre de valeur au marché de Port-Louis, on ne laisse pas un ordinateur visible dans une voiture.

Ce qui n’existe pratiquement pas : la violence contre les personnes

C’est le point qui surprend le plus les nouveaux arrivants, et c’est celui qui compte le plus quand on installe une famille.

Les agressions violentes contre des étrangers sont rares au point d’être des faits divers nationaux quand elles surviennent. Il n’existe pas de quartiers interdits, pas de zones où l’on vous déconseillerait de mettre les pieds en journée, pas de criminalité armée organisée visant les résidents. Les femmes circulent seules, le soir, sans que cela constitue une audace particulière ; plusieurs de mes clientes venues de grandes villes européennes me disent y avoir retrouvé une liberté de mouvement qu’elles avaient perdue.

Cela ne rend pas l’île aseptisée. Comme partout, la prudence reste de mise la nuit dans certains secteurs, et le pays connaît ses propres difficultés sociales, notamment autour des stupéfiants et des violences intrafamiliales. La législation sur les drogues est stricte et appliquée sans souplesse, y compris pour de petites quantités : c’est un point sur lequel un expatrié doit être parfaitement au clair.

Sécurité à l'île Maurice : la peur et les faits

Ce qu'on redoute avant de venir

  • Des agressions violentes
  • Des quartiers interdits
  • Une police absente
  • Des femmes qui ne sortent pas seules
  • Des barreaux aux fenêtres, signe d'un pays dangereux

Ce qui arrive réellement

  • Des vols à la tire dans les marchés et sur les plages
  • Des cambriolages de logements laissés vides
  • Des accidents de la route, première cause d'ennuis graves
  • Des noyades dans les passes et hors des zones surveillées
  • Des grilles qui servent à dormir persiennes ouvertes

Adaptez vos précautions à la colonne de droite, pas à celle de gauche.

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J’ai consacré une vidéo entière à cette question, avec les mêmes réponses et quelques images de terrain.

Les barreaux aux fenêtres ne veulent pas dire ce que vous croyez

Voilà le premier des deux points vrais que contient l’objection de départ, et il est presque toujours mal interprété.

Vous verrez, dans beaucoup de maisons mauriciennes, des grilles aux fenêtres et des portes renforcées. Un visiteur français y lit immédiatement le signe d’une insécurité importante. C’est un contresens culturel.

Ces protections sont une norme de construction locale, héritée d’une époque et d’un climat où les maisons vivent ouvertes toute l’année. Ici, on ne ferme pas ses fenêtres la nuit, il fait trop chaud : la grille remplace le volet et permet de dormir persiennes ouvertes. Elle protège d’une intrusion d’opportunité dans une maison où l’air circule en permanence, pas d’une menace violente.

Persiennes bleues d'une maison mauricienne, bougainvilliers en fleurs dans la lumière de fin de journée
Les grilles permettent de dormir persiennes ouvertes toute l’année. Elles disent le climat, pas l’insécurité.

Quand un client me demande s’il doit en installer, je réponds toujours la même chose : regardez comment vivent vos voisins mauriciens et faites pareil. Ils savent.

Les vrais risques, ceux dont personne ne parle

Le second point vrai, le voici. En quinze ans, les ennuis sérieux que j’ai vu arriver à des résidents ou à des visiteurs ne relevaient pratiquement jamais de la délinquance. Ils venaient de la route et de la mer.

La route. On roule à gauche, les ronds-points s’abordent dans l’autre sens, et le style de conduite local demande une vigilance constante. Les deux-roues et les piétons circulent sur des bas-côtés étroits. Un conducteur français fraîchement arrivé est en danger réel pendant ses premières semaines, bien plus que devant un voleur à la tire. Prenez un chauffeur les premiers jours, cela vous évitera d’apprendre dans le trafic de Port-Louis.

La mer. Le lagon est protégé par la barrière de corail et donne une impression de piscine géante. Les passes, elles, sont traversées par des courants puissants, et certaines plages de la côte sud et de la côte est ne sont pas baignables selon la saison. Les drapeaux et les consignes des maîtres-nageurs ne sont pas décoratifs. C’est là qu’ont lieu les accidents graves.

Les cyclones. Ils font partie du calendrier local et sont gérés par un système d’alerte éprouvé, annoncé plusieurs jours à l’avance. Ce n’est pas un risque sécuritaire au sens courant, c’est une saison à connaître.

La règle qui résume tout

À l’île Maurice, on se blesse en voiture et en mer, on se fait voler un sac dans un marché, et on ne se fait pratiquement jamais agresser. Adaptez vos précautions à cette réalité-là, pas à celle que vous imaginez.

Se loger : résidence sécurisée ou maison individuelle ?

Les deux fonctionnent, et le choix relève plus du mode de vie que de la sécurité.

Les résidences fermées, notamment celles des programmes ouverts aux étrangers, disposent d’un gardiennage permanent, d’un accès contrôlé et souvent d’un service de rondes. Vous fermez la porte et vous partez trois semaines en France sans y penser. C’est le choix naturel d’une résidence secondaire.

La maison individuelle dans un village demande davantage d’attention : un système d’alarme, une bonne relation de voisinage, et quelqu’un qui passe quand vous vous absentez. En contrepartie, vous vivez au milieu des Mauriciens plutôt qu’entre expatriés, et c’est un choix que je respecte beaucoup. La communauté locale est le meilleur système de surveillance qui existe : dans un village, tout le monde sait qui est chez vous.

Ce que je conseille aux familles

La sécurité n’est presque jamais le sujet qui décide d’une installation à Maurice, et c’est pourtant celui qui inquiète le plus avant de venir. Le fossé entre les deux se comble en une semaine sur place.

Concrètement : choisissez votre région pour ses écoles et son cadre de vie plutôt que pour un sentiment de sûreté qui sera à peu près le même partout ; roulez prudemment les premiers mois ; apprenez à lire les drapeaux des plages ; ne laissez rien de visible dans une voiture ; et discutez avec vos voisins, ce sont eux qui vous diront ce qu’il faut savoir de votre rue.

Le reste est de la peur importée. Venez passer une semaine ici, vous verrez vos enfants rentrer seuls de l’école, et la question ne se posera plus. Expat un jour, expat toujours.

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Romuald Rousseaux

Romuald Rousseaux

Depuis 2001, l'immobilier est mon métier, d'abord sur la Côte d'Azur, dans le luxe. Il y a quinze ans, nous avons acheté ici une résidence secondaire ; nous n'en sommes jamais repartis. La sécurité, l'école des enfants, le climat : l'évidence s'est imposée d'elle-même.

J'accompagne aujourd'hui des expatriés, des retraités et des investisseurs, souvent les trois à la fois. Mon rôle n'est pas de vous vendre un bien, c'est de vous dire lequel vous correspond, quitte à vous dire d'attendre. Ce qui doit être pour vous sera pour vous.

Expat un jour, expat toujours.