Si vous partez quinze jours en vacances, vous n’avez aucun visa à demander et vous pouvez refermer cet article. Si vous envisagez de vivre à l’île Maurice, même dans cinq ans, les lignes qui suivent vont vous faire gagner des mois.
C’est la confusion la plus fréquente sur ce sujet. « Visa pour l’île Maurice » recouvre deux réalités qui n’ont presque rien en commun : l’entrée sur le territoire pour un séjour, et le droit d’y résider durablement. La première ne demande aucune démarche pour un ressortissant français. La seconde passe par quatre voies bien distinctes, et le choix de la bonne détermine ce que vous pourrez faire ensuite sur place.
J’ai traité le sujet en vidéo, si vous préférez l’écouter avant de lire le détail.
Pour un séjour touristique, il n’y a pas de visa à demander
Les ressortissants français, belges, suisses et canadiens entrent à l’île Maurice sans visa préalable. L’autorisation de séjour est délivrée à l’arrivée, à l’aéroport de Plaisance, pour une durée qui va jusqu’à quatre-vingt-dix jours.
Ce qui vous sera demandé au comptoir tient en quelques pièces : un passeport valide, un billet de retour ou de continuation, un justificatif d’hébergement et de quoi montrer que vous disposez de ressources pour la durée du séjour. Un formulaire d’arrivée se remplit en ligne avant le départ.
Un point mérite votre attention si vous préparez une installation : ces quatre-vingt-dix jours ne sont pas un permis de résidence déguisé. Ils ne vous autorisent ni à travailler, ni à ouvrir certains comptes, ni à scolariser durablement vos enfants. Ils servent à venir voir, et c’est déjà beaucoup. Je conseille d’ailleurs à tous mes clients de faire au moins un séjour de trois semaines hors vacances scolaires avant de décider quoi que ce soit.
Vivre à l’île Maurice : quatre voies, un seul objectif
Pour résider, il faut un permis. L’Economic Development Board, l’organisme mauricien qui instruit ces dossiers, en délivre plusieurs selon votre situation. Quatre concernent la quasi-totalité des Français qui s’installent.
Quatre voies vers la résidence mauricienne
- 1
Investissement
375 000 USD
Un projet d'entreprise réel dans un secteur reconnu par l'Economic Development Board. Permis de 20 ans.
- 2
Achat immobilier
375 000 USD
Un bien relevant d'un dispositif ouvert aux non-citoyens. Résidence tant que vous détenez le bien. La voie la plus empruntée.
- 3
Permis d'occupation
Salarié, indépendant ou entrepreneur
60 000 roupies de salaire mensuel, ou 30 000 dans les secteurs prioritaires. Travail et résidence dans un seul permis.
- 4
Permis retraité
1 500 USD par mois
À partir de 50 ans, un transfert mensuel justifié sur un compte mauricien. Permis de 10 ans renouvelable.
Ces quatre portes mènent au même endroit, mais elles ne coûtent pas la même chose et n’ouvrent pas les mêmes droits. Voici ce qu’il faut savoir de chacune.
1. Le permis de résidence par l’investissement
Le programme dit Residency by Investment permet à un investisseur étranger d’obtenir un permis de résidence de vingt ans en plaçant au minimum 375 000 dollars américains dans un secteur d’activité reconnu par l’Economic Development Board.
La liste de ces secteurs est large : industrie agroalimentaire, audiovisuel, cinéma et communication, banque, construction, industrie manufacturière, développement de marinas, tourisme et entreposage, introductions en bourse, zone franche, technologies de l’information, infrastructures, assurance, loisirs, éducation, produits écoresponsables et énergies vertes, services financiers, pêche et ressources marines.
C’est la voie la plus exigeante en montage juridique. Elle suppose un projet d’entreprise réel, pas un simple dépôt de fonds. Si votre objectif est de vivre à Maurice et non d’y entreprendre, ce n’est probablement pas la bonne porte.
2. L’achat immobilier, la voie la plus empruntée
C’est celle que choisissent la plupart de mes clients, et de loin. L’acquisition d’un bien éligible d’une valeur d’au moins 375 000 dollars américains, ou son équivalent dans une autre devise convertible, ouvre un permis de résidence qui court tant que vous détenez le bien.
Le dispositif principal s’appelle le Property Development Scheme, le PDS. Il a remplacé les anciens programmes IRS et RES, dont des biens circulent encore en revente. Ce que le PDS apporte concrètement :
- la propriété est pleine et entière, pas un bail emphytéotique ;
- le permis de résidence s’étend au conjoint et aux enfants à charge ;
- le bien peut être mis en location, et les revenus rapatriés sans restriction ;
- le propriétaire relève de la fiscalité mauricienne, avec ce que cela implique en matière de plus-value et de succession.
Un détail qui n’en est pas un : l’acte se signe en français, devant notaire, sous un code civil hérité du droit napoléonien. Pour un acheteur français, le vocabulaire, les réflexes et les garanties sont ceux qu’il connaît déjà. C’est ce qui rassure le plus, et à juste titre.
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3. Le permis d’occupation, pour ceux qui travaillent
Si vous venez exercer une activité, le permis d’occupation combine autorisation de travail et droit de résidence. Trois statuts sont possibles.
Salarié. Le salaire mensuel de base ne doit pas descendre en dessous de 60 000 roupies mauriciennes. Ce seuil est abaissé à 30 000 roupies pour certains secteurs identifiés comme prioritaires : technologies de l’information et de la communication, externalisation de processus métiers, fabrication pharmaceutique et transformation alimentaire.
Travailleur indépendant. Le statut est ouvert dans le secteur des services. Il suppose une inscription comme activité individuelle auprès de l’administration compétente, un dépôt d’au moins 35 000 dollars américains sur un compte bancaire mauricien, et un chiffre d’affaires annuel d’au moins 600 000 roupies.
Investisseur entrepreneur. Vous créez ou reprenez une société mauricienne et le permis suit l’activité.
Le télétravail mérite une mention à part, parce que la question revient souvent : Maurice a mis en place un permis dédié aux actifs qui conservent un employeur ou une clientèle à l’étranger. C’est une voie récente et elle a ses propres conditions de revenus.
4. Le permis retraité, à partir de cinquante ans
À partir de cinquante ans, la condition est simple dans son principe : transférer au moins 1 500 dollars américains par mois, soit 18 000 dollars sur l’année, sur un compte bancaire mauricien, et le justifier auprès de l’Economic Development Board.
Le permis est délivré pour dix ans et renouvelable. Après dix années de résidence, vous pouvez prétendre à un permis de vingt ans. Le conjoint, les enfants de moins de vingt-quatre ans et, dans certains cas, les parents, obtiennent un permis rattaché au vôtre.
C’est la voie la plus simple des quatre, et c’est aussi celle sur laquelle je vois le plus d’approximations. Le versement doit être régulier et traçable ; un virement annuel unique en fin de période n’a pas la même valeur devant l’administration qu’un flux mensuel documenté.
Ce qui bloque vraiment un dossier
En quinze ans ici, je n’ai jamais vu un dossier refusé parce que le demandeur ne remplissait pas les critères. J’ai vu des dizaines de dossiers traîner des mois parce qu’il manquait une pièce.
Les critères sont publics et vous savez avant de commencer si vous y répondez. La difficulté est ailleurs : dans l’ordre des démarches et dans la complétude du dossier au jour du dépôt. Un extrait d’acte de naissance périmé, un relevé bancaire non traduit, une attestation d’hébergement qui ne correspond pas à l’adresse déclarée, et le dossier repart au fond de la pile.
Les erreurs que je vois le plus souvent
La première est de choisir la voie la moins chère plutôt que celle qui correspond au projet. Un couple de cinquante-cinq ans qui compte vivre de ses revenus locatifs français n’a pas le même intérêt qu’un entrepreneur de quarante ans, même si les deux peuvent techniquement passer par l’achat immobilier.
La deuxième est de traiter le permis comme une formalité de dernière minute. Il se prépare en amont de l’achat, pas après.
La troisième est de croire qu’un bien immobilier quelconque ouvre un droit à résider. Ce n’est pas le cas : seuls les biens relevant des dispositifs prévus pour les non-citoyens, et au-dessus du seuil, produisent cet effet. J’ai vu des acheteurs signer un bien hors dispositif en pensant obtenir la résidence avec. C’est l’erreur la plus coûteuse du domaine, et elle est irrattrapable une fois l’acte signé.
Vos questions sur le visa et la résidence à Maurice
Faut-il un visa pour aller à l'île Maurice depuis la France ?
Non. Les ressortissants français entrent sans visa préalable et reçoivent à l'arrivée une autorisation de séjour pouvant aller jusqu'à quatre-vingt-dix jours. Passeport valide, billet de retour, justificatif d'hébergement et de ressources sont demandés à l'entrée. Ces conditions se vérifient avant chaque départ auprès des services consulaires.
Combien de temps peut-on rester à l'île Maurice sans permis ?
Jusqu'à quatre-vingt-dix jours. Ce séjour n'autorise ni à travailler, ni à exercer une activité rémunérée sur place, ni à scolariser durablement des enfants.
Quel montant faut-il investir pour obtenir la résidence ?
375 000 dollars américains, que ce soit par un investissement dans un secteur reconnu par l'Economic Development Board ou par l'achat d'un bien immobilier relevant d'un dispositif ouvert aux non-citoyens.
Peut-on obtenir la résidence en achetant n'importe quelle maison ?
Non, et c'est l'erreur la plus coûteuse du domaine. Seuls les biens relevant des dispositifs prévus pour les non-citoyens, et au-dessus du seuil de 375 000 dollars, ouvrent un droit de résidence. Faites confirmer le dispositif par écrit avant toute offre.
Quelles sont les conditions du permis retraité à l'île Maurice ?
Avoir cinquante ans révolus, transférer au moins 1 500 dollars américains par mois sur un compte bancaire mauricien, soit 18 000 dollars par an, et être en bonne santé. Le permis est délivré pour dix ans et renouvelable.
Le permis de résidence couvre-t-il la famille ?
Oui. Le conjoint et les enfants à charge obtiennent un permis rattaché au vôtre. Pour le permis retraité, les enfants de moins de vingt-quatre ans et, dans certains cas, les parents, sont concernés.
Combien de temps prend l'obtention d'un permis ?
Le délai dépend surtout de la complétude du dossier au jour du dépôt. Les critères sont publics et connus d'avance : ce sont les pièces manquantes, les traductions absentes et les documents périmés qui font traîner un dossier pendant des mois.
Ce que je vous conseille
Commencez par le projet, pas par le permis. Dites-moi comment vous voulez vivre ici, avec qui, sur quels revenus et à quel horizon, et la voie s’impose d’elle-même dans la conversation. L’inverse ne fonctionne pas : choisir un dispositif d’abord, puis tordre le projet pour qu’il y entre, produit des installations bancales que je passe ensuite du temps à rattraper.
Et venez voir. Une semaine sur place, à visiter des quartiers, à parler avec des gens installés, vous en apprendra plus que six mois de forums. Je le propose à tous mes clients et personne n’est reparti avec la même idée qu’à l’arrivée. Expat un jour, expat toujours.
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