On m’explique régulièrement que l’île Maurice est un paradis fiscal. Ce n’est plus vrai depuis 2021, et ce qui a remplacé cette réputation est bien plus intéressant pour vous.
La réponse courte tient en une phrase : Maurice n’est plus classée comme paradis fiscal par les instances internationales, elle est sortie de la liste grise européenne, et elle conserve une fiscalité simple et faible. C’est précisément cette combinaison qui fait sa valeur aujourd’hui. Un régime avantageux dans un pays opaque est un risque ; un régime avantageux dans un pays conforme est un actif.
D’où venait cette réputation
Pendant des années, Maurice a servi de plateforme d’investissement vers l’Inde et l’Afrique, avec un réseau dense de conventions fiscales et une réglementation légère. Le montage était légal, largement utilisé par de grands groupes, et il a donné à l’île son étiquette de juridiction offshore.
Cette étiquette a fini par coûter cher. En 2020, l’Union européenne a inscrit le pays sur sa liste grise, celle des juridictions dont les dispositifs de lutte contre le blanchiment présentaient des lacunes. Une inscription de ce type n’est pas symbolique : elle complique les relations bancaires, renchérit les financements et fait fuir les investisseurs institutionnels.
Ce qui a changé depuis 2021
Maurice a réagi vite, et c’est ce qui m’a personnellement rassuré sur la solidité du pays. Le gouvernement a réformé son cadre de contrôle, renforcé les obligations de déclaration, durci le dispositif contre le blanchiment et le financement du terrorisme, et travaillé directement avec le Groupe d’action financière.
Résultat : le retrait de la liste grise de l’Union européenne en 2021, et un alignement revendiqué sur les standards de l’OCDE. L’île est aujourd’hui un centre financier régulé, qui échange des informations fiscales avec ses partenaires, dont la France.
Autant le dire franchement : si votre projet reposait sur la discrétion, Maurice n’est pas votre destination et ne l’est plus depuis longtemps. Si votre projet est de vivre, d’investir ou de transmettre dans un cadre lisible et faiblement taxé, vous êtes au bon endroit.
Ce que vous payez réellement à Maurice

| Impôt | À l'île Maurice | Ce que cela change pour vous |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu | 15 %, taux unique | Pas de barème progressif, pas de tranche haute |
| Impôt sur les sociétés | 15 % | Même taux pour l'activité et pour les personnes |
| Plus-value immobilière | Aucune | L'écart entre votre prix d'achat et votre prix de revente vous revient |
| Droits de succession | Aucun | La transmission du bien n'est pas ponctionnée |
| Taxe foncière | Aucune | Le coût de détention se limite aux charges et à l'entretien |
| Taxe d'habitation | Aucune | Sans objet à l'île Maurice |
| Impôt sur la fortune immobilière | Aucun | Le patrimoine détenu ici n'est pas taxé sur sa valeur |
| TVA | 15 % | Pèse sur les produits importés, et Maurice importe beaucoup |
Situation au moment de la rédaction de cet article. La fiscalité qui s'applique réellement à vous dépend de votre statut de résidence et de la convention franco-mauricienne : faites-la valider par un fiscaliste avant toute décision.
Le taux unique de 15 % s’applique au revenu des personnes physiques comme aux bénéfices des sociétés. Il n’y a pas de barème progressif à sept tranches, pas de niches à empiler, pas de calcul à faire au dernier moment. Cette lisibilité est, pour beaucoup de mes clients entrepreneurs, aussi précieuse que le niveau du taux lui-même.
La taxe sur la valeur ajoutée est de 15 % également, ce qui pèse sur le coût des produits importés, et Maurice importe beaucoup. C’est le contrepoint qu’on oublie souvent quand on ne regarde que l’impôt sur le revenu.
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Ce que vous ne payez pas
C’est là que se situe l’intérêt réel pour un investisseur immobilier, et c’est rarement ce qu’on met en avant.
- Pas d’impôt sur les plus-values immobilières. Vous revendez au-dessus de votre prix d’achat, l’écart vous revient. Sur un marché où la valeur des biens de standing progresse régulièrement, c’est l’avantage le plus concret du dispositif.
- Pas de droits de succession. La transmission ne subit pas la ponction que connaissent les patrimoines français, sous réserve de la situation personnelle des héritiers et de leur statut de résidence.
- Pas de taxe foncière ni de taxe d’habitation. Le coût de détention d’un bien se limite aux charges de copropriété et à l’entretien.
- Pas d’impôt sur la fortune immobilière.
Mis bout à bout, ces quatre points expliquent pourquoi un investissement immobilier mauricien se compare avantageusement à son équivalent français, même à rendement locatif identique. Ce n’est pas le loyer qui fait la différence, c’est ce qui reste après impôt et à la transmission.
La convention fiscale avec la France
Une convention lie la France et Maurice pour éviter la double imposition. Elle détermine, revenu par revenu, quel État a le droit d’imposer.
Je ne vais pas la résumer ici, et pour une bonne raison : elle ne se lit pas en général, elle s’applique à un cas. Deux couples installés dans la même résidence, avec des revenus de nature différente, peuvent se retrouver dans des situations fiscales sans rapport. Ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour l’autre.
Le dispositif qui sert le plus souvent de porte d’entrée à l’investissement immobilier ici, le Property Development Scheme, je l’ai détaillé en vidéo :
Comment Maurice se compare aux autres juridictions
On met souvent l’île dans le même sac que les Caïmans, les Bermudes ou Malte. La comparaison ne tient pas, et pour une raison simple : ces places vivent d’une activité financière largement détachée de leur économie réelle.
Maurice a un tissu économique à elle : le tourisme, le textile, l’agroalimentaire, les technologies de l’information, la logistique portuaire, et un secteur immobilier qui construit et emploie. Le pays n’est pas une boîte aux lettres avec un lagon autour. Cela change tout du point de vue du risque, parce qu’une juridiction qui dépend entièrement de son régime fiscal est une juridiction dont le régime peut être renversé par une décision extérieure.
C’est aussi ce qui rend la fiscalité mauricienne durable à mon sens. Les 15 % et l’absence d’imposition des plus-values ne sont pas des exceptions arrachées, ce sont les paramètres d’un modèle de développement assumé depuis des décennies et défendu par tous les gouvernements successifs.
La condition qu’on oublie : il faut vraiment y vivre
Un point que je tiens à dire clairement, parce qu’il ruine les projets mal conçus.
Bénéficier du régime fiscal mauricien suppose d’être résident fiscal mauricien, et cela ne s’obtient pas en achetant un appartement qu’on visite trois semaines par an. La résidence fiscale répond à des critères de présence effective et de centre des intérêts, à Maurice comme en France. L’administration française sait parfaitement examiner un départ de complaisance.
Autrement dit : si votre vie, votre famille et votre activité restent en France, vous resterez imposable en France, quel que soit le nombre de mètres carrés que vous possédez ici. Le cadre mauricien récompense ceux qui s’installent, pas ceux qui déclarent s’installer.
Cela n’enlève rien à l’intérêt d’un investissement locatif détenu depuis la France : les revenus mauriciens obéissent alors à la convention, et le bien reste exonéré de plus-value et de droits de succession au sens du droit mauricien. Simplement, ce n’est pas le même montage, et il se prépare autrement.

Pourquoi la transparence joue en votre faveur
C’est le point que je développe le plus souvent en rendez-vous, parce qu’il est contre-intuitif.
Un investisseur me dit parfois regretter « l’ancienne Maurice », celle d’avant les contrôles. Je lui réponds qu’il n’aurait pas aimé y acheter. Dans une juridiction sur liste grise, les banques européennes rechignent à financer, les virements sont bloqués pour vérification, les assureurs majorent, et la revente à un acheteur institutionnel devient difficile. Vous détenez un bien dans un pays que vos propres partenaires financiers regardent de travers.
Aujourd’hui, l’inverse est vrai. Le financement passe, les fonds circulent, les acheteurs internationaux se présentent sans réticence, et la valeur de sortie de votre bien n’est pas grevée par une décote de réputation. La conformité, pour un propriétaire, c’est de la liquidité.
Alors, paradis fiscal ou pas ?
Au sens des listes officielles, non. Maurice ne figure ni sur la liste noire ni sur la liste grise européennes, elle échange les informations fiscales et elle applique les standards internationaux.
Au sens de la conversation de dîner, celui d’un pays où l’on paie peu et simplement, oui, et ce n’est pas près de changer : le taux de 15 %, l’absence d’imposition des plus-values et l’absence de droits de succession sont des piliers de la stratégie économique mauricienne, pas des accommodements temporaires.
La bonne question n’est donc pas de savoir comment on appelle l’île, mais si votre situation personnelle tire réellement parti de ce cadre. Pour un retraité aux pensions modestes, l’écart avec la France est réel mais modéré. Pour un entrepreneur, un investisseur immobilier ou une famille qui prépare une transmission, il devient considérable.
C’est exactement le calcul que je fais avec chaque client, chiffres en main, avant de parler du moindre bien. Venez me voir avec votre situation, on regardera ensemble si le jeu en vaut la chandelle. Expat un jour, expat toujours.
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