Plongeuse au-dessus du récif dans le lagon peu profond de l'île Maurice

Observer les dauphins et les baleines à l’île Maurice

Tourisme et Loisirs Romuald Rousseaux 8 min

Il y a une excursion que je ne recommande pas à mes clients, et pourtant elle figure en tête de toutes les brochures de l’île : la nage avec les dauphins telle qu’elle se pratique aujourd’hui au large de Tamarin. Ce n’est pas que l’expérience soit décevante, c’est qu’elle est devenue trop populaire pour rester ce qu’elle prétend être.

Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer aux cétacés. Maurice est l’un des endroits au monde où l’on croise le plus facilement des dauphins, des baleines à bosse et même des cachalots, à quelques minutes de la côte. Cela veut dire qu’il faut choisir comment on les approche. Voici ce qu’il y a réellement dans ces eaux, quand, où, et comment sortir sans participer à ce qui dérange les animaux.

Pourquoi je fais cette réserve

Rendez-vous à Tamarin ou à la Grande Rivière Noire un matin d’hiver austral, vers six heures. Vous verrez une flottille de bateaux à moteur attendre au large. Dès qu’un groupe de dauphins souffle en surface, les bateaux convergent, les moteurs accélèrent, et les nageurs sautent à l’eau au plus près. Le groupe plonge, ressort deux cents mètres plus loin, et la scène recommence.

Le résultat est double. Les visiteurs voient des dauphins pendant quelques secondes, souvent de dos, et repartent en se demandant si c’était bien cela. Et les animaux, eux, passent leur matinée à fuir. Or c’est précisément le moment de la journée où ces groupes se reposent près de la côte après avoir chassé la nuit au large.

Une réglementation existe à Maurice pour encadrer l’approche des cétacés : distances minimales, nombre de bateaux autorisés simultanément autour d’un groupe, durée d’observation, interdiction de se mettre à l’eau avec les baleines. Elle est réelle, elle a été durcie ces dernières années, et tous les opérateurs ne l’appliquent pas avec la même rigueur. Comme les règles précises évoluent, demandez à votre prestataire de vous dire lesquelles il suit avant de réserver. Un opérateur sérieux vous répondra sans hésiter ; les autres changeront de sujet.

Ce que je conseille à la place

Sortez en petit comité, sur un bateau qui prend six à huit personnes et non trente, avec un skipper qui coupe le moteur et laisse venir. Vous verrez moins de dauphins et vous les verrez mieux. Et si vous tenez à vous mettre à l’eau, faites-le en masque et tuba, sans poursuivre : ce sont eux qui décident de s’approcher ou non.

Qui vit vraiment dans ces eaux

Un point de vocabulaire d’abord, parce qu’il traîne une confusion dans à peu près tous les articles sur le sujet, y compris dans la version précédente de celui-ci.

Le cachalot n’est pas une baleine au sens strict. Les baleines proprement dites, comme la baleine à bosse, sont des cétacés à fanons : elles filtrent l’eau pour se nourrir de petites proies. Le cachalot, lui, a des dents et chasse en plongée profonde. Il appartient au même grand groupe que les dauphins et les orques, celui des cétacés à dents. Dire que le cachalot est « classé dans la famille des orques mais qu’il est bel et bien une baleine » n’a pas de sens : c’est un cétacé à dents, comme l’orque, et ce n’est pas une baleine à fanons.

Les dauphins, présents toute l’année

Deux espèces se croisent régulièrement sur la côte ouest. Le grand dauphin, ou souffleur, gris, robuste, deux à quatre mètres, qui fréquente les eaux peu profondes en bordure de lagon. Et le dauphin à long bec, plus petit, plus élancé, reconnaissable à son rostre fin et à ses acrobaties : c’est celui qui saute et vrille hors de l’eau. Ils se déplacent en groupes, parfois de plusieurs dizaines d’individus, et se voient toute l’année.

La baleine à bosse, de juillet à septembre

Celle-là ne se commande pas. Les baleines à bosse remontent des eaux froides de l’Antarctique vers les zones tropicales pour mettre bas et s’accoupler. À Maurice, elles apparaissent au large de la côte ouest à partir de juillet, les femelles restent avec leur baleineau, et l’ensemble reprend le large vers septembre. Un adulte peut atteindre une quinzaine de mètres et ses nageoires pectorales sont d’une longueur spectaculaire. Si c’est pour elles que vous venez, votre fenêtre de tir est de trois mois, pas davantage.

Le cachalot, l’habitant permanent

C’est la vraie curiosité mauricienne, et de loin la moins connue des visiteurs. Des cachalots vivent en permanence au large de la côte ouest, où le fond plonge très vite à quelques encablures du rivage. Cette bathymétrie particulière leur donne accès à leurs proies de grande profondeur sans avoir à s’éloigner. On peut donc en croiser toute l’année, ce qui est rare à l’échelle mondiale.

Qui est là, et quand

Dauphins Grand dauphin et dauphin à long bec
Toute l'année

Côte ouest, de Tamarin au Morne. Présents chaque mois, visibles tôt le matin près du rivage.

Baleine à bosse Cétacé à fanons, de passage
Janvier à juinJuillet à septembreOctobre à décembre

Trois mois par an, pas davantage. Elles remontent de l'Antarctique pour mettre bas. Nager avec elles est interdit.

Cachalot Cétacé à dents, résident
Toute l'année

La curiosité mauricienne. Le tombant proche de la côte ouest leur donne accès à leurs proies de grande profondeur.

Ce sont des animaux sauvages : aucune sortie ne garantit une rencontre, et un opérateur qui la promet vous ment.

Plongeuse au-dessus du récif dans le lagon peu profond de l'île Maurice
Dans le lagon, on reste sur le récif. Les cétacés, eux, se rencontrent au-delà de la barrière, en eau libre.

Où sortir, et à quelle heure

Toute l’activité se concentre sur la côte ouest, entre la baie de Tamarin, la Grande Rivière Noire et la pointe du Morne. La raison est géographique : le tombant y est proche, les eaux y sont plus chaudes et plus abritées, et les groupes de dauphins y trouvent à la fois du repos et de la nourriture. Vous trouverez aussi des départs depuis Flic-en-Flac.

Les sorties partent tôt, entre six et sept heures du matin, pour deux raisons : la mer est au plus calme avant que le vent se lève, et les dauphins sont près de la côte. Comptez deux à trois heures en mer. Prévoyez de quoi vous couvrir, il fait frais au petit matin en hiver austral, et un anti-nausée si vous y êtes sujet : au-delà de la barrière, la houle n’est plus celle du lagon.

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Choisir son bateau : les questions à poser

C’est le seul endroit où votre décision compte vraiment. Quatre questions suffisent à trier les opérateurs.

  • Combien de passagers à bord ? Au-delà d’une douzaine, l’embarquement à l’eau devient une mêlée et l’observation, une loterie.
  • Que faites-vous quand un autre bateau est déjà sur le groupe ? La bonne réponse est « on attend son tour ou on cherche ailleurs », pas « on y va aussi ».
  • Coupez-vous le moteur à l’approche ? Le bruit sous-marin est ce qui dérange le plus ces animaux.
  • Quelle distance gardez-vous des baleines ? S’il vous propose de nager avec elles, changez de bateau : c’est interdit.

Un mot sur les tarifs

Les prix varient fortement selon la taille du bateau, la durée et ce qui est inclus. Une sortie en grand groupe coûte évidemment moins cher qu’une sortie privée à six. Faites-vous confirmer par écrit ce que couvre le tarif, en particulier le carburant, l’équipement de masque-tuba et l’éventuelle taxe de parc marin. C’est le genre de détail qui se règle mieux à quai qu’en mer.

« Est-ce qu’on en voit vraiment ? »

Oui, dans la très grande majorité des sorties, et c’est justement ce qui rend la question intéressante. Aucun opérateur honnête ne vous garantira une rencontre, parce qu’il s’agit d’animaux sauvages. Mais sur la côte ouest, les dauphins sont si régulièrement présents que les sorties bredouilles sont l’exception.

Ce qui n’est pas garanti, en revanche, c’est la qualité de la rencontre. Voir dix dorsales à cinquante mètres depuis un pont bondé, ou rester vingt minutes moteur coupé pendant qu’un groupe passe et repasse sous la coque, ce sont deux souvenirs sans rapport. La différence ne tient pas à la chance, elle tient au bateau que vous avez choisi.

Cette vidéo vous donnera une idée de ce à quoi ressemble une sortie.

Ce que cela dit de la côte ouest

Je termine par une remarque qui sort du sujet touristique, et qui intéressera ceux qui envisagent de s’installer. Si des cachalots vivent à l’année à quelques minutes de bateau de la Rivière Noire, c’est parce que le relief sous-marin y est exceptionnel. C’est la même raison qui fait de cette côte un terrain de pêche au gros réputé et un secteur où le coucher de soleil sur la mer est un spectacle quotidien.

C’est aussi, et ce n’est pas un hasard, l’une des régions les plus recherchées de l’île pour y vivre. Beaucoup de mes clients qui ont acheté entre Tamarin et Le Morne y sont venus la première fois pour une sortie en mer.

Vos questions les plus fréquentes

Où voir des dauphins à l'île Maurice ?

Sur la côte ouest, entre la baie de Tamarin, la Grande Rivière Noire et la pointe du Morne. Des départs existent aussi depuis Flic-en-Flac. Les groupes se tiennent près de la côte au petit matin, après avoir chassé au large pendant la nuit.

Peut-on nager avec les dauphins à Maurice ?

C'est possible et pratiqué, mais je ne le recommande pas dans sa forme habituelle, en grand groupe et avec une flottille de bateaux qui poursuit les animaux. Si vous y tenez, choisissez un petit bateau, un skipper qui coupe le moteur et laisse venir, et renoncez à poursuivre. Nager avec les baleines, en revanche, est interdit.

Quelle est la meilleure période pour voir les baleines ?

De juillet à septembre. Les baleines à bosse remontent de l'Antarctique vers les eaux tropicales pour mettre bas, restent avec leur baleineau, puis repartent. En dehors de cette fenêtre de trois mois, vous n'en verrez pas.

Le cachalot est-il une baleine ?

Non, pas au sens strict, et la confusion est très répandue. Les baleines proprement dites, comme la baleine à bosse, sont des cétacés à fanons qui filtrent l'eau. Le cachalot a des dents et chasse en plongée profonde : il appartient au groupe des cétacés à dents, comme le dauphin et l'orque.

À quelle heure partent les sorties en mer ?

Entre six et sept heures du matin, pour deux raisons : la mer est au plus calme avant que le vent se lève, et les groupes de dauphins sont alors près de la côte. Comptez deux à trois heures en mer, et prévoyez de quoi vous couvrir, il fait frais au petit matin en hiver austral.

Est-on sûr de voir des cétacés ?

Aucun opérateur honnête ne vous le garantira, puisqu'il s'agit d'animaux sauvages. Cela dit, sur la côte ouest, les dauphins sont présents toute l'année et les sorties sans aucune rencontre sont l'exception. Ce qui varie vraiment, c'est la qualité de l'observation, et elle dépend du bateau que vous choisissez.

Comment choisir un opérateur responsable ?

Posez-lui quatre questions avant de réserver : combien de passagers embarquent, ce qu'il fait quand un autre bateau est déjà sur le groupe, s'il coupe son moteur à l'approche, et quelle distance il garde des baleines. Un opérateur sérieux répond sans hésiter et connaît la réglementation en vigueur.

Une dernière chose. Ces animaux ne sont pas une attraction, ce sont des voisins. Le jour où vous vivrez ici, vous les verrez depuis la plage, sans payer, sans réserver et sans les poursuivre. C’est de très loin la meilleure façon de les rencontrer, et elle ne figure dans aucune brochure.

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Romuald Rousseaux

Romuald Rousseaux

Depuis 2001, l'immobilier est mon métier, d'abord sur la Côte d'Azur, dans le luxe. Il y a quinze ans, nous avons acheté ici une résidence secondaire ; nous n'en sommes jamais repartis. La sécurité, l'école des enfants, le climat : l'évidence s'est imposée d'elle-même.

J'accompagne aujourd'hui des expatriés, des retraités et des investisseurs, souvent les trois à la fois. Mon rôle n'est pas de vous vendre un bien, c'est de vous dire lequel vous correspond, quitte à vous dire d'attendre. Ce qui doit être pour vous sera pour vous.

Expat un jour, expat toujours.