Lagon turquoise de l'île Maurice recouvert des couleurs du drapeau français

Pourquoi parle-t-on français à l’île Maurice ?

Culture et Société Romuald Rousseaux 8 min

En 1810, les Britanniques prennent l’île et laissent aux habitants leur langue, leur religion et leurs lois. Deux siècles plus tard, vous signerez toujours votre acte de vente en français, devant notaire.

C’est toute l’histoire du français à l’île Maurice, et elle explique une scène qui se rejoue chaque semaine à l’agence : un client descend de l’avion, prend un taxi, échange trois phrases avec le chauffeur, et arrive en me disant « mais tout le monde parle français ici ». Ce n’est ni un hasard, ni une politesse faite aux visiteurs. Le français n’est jamais parti.

Pour un Français qui envisage de s’installer, ce n’est pas une anecdote historique. C’est ce qui fait la différence entre une expatriation et un simple déménagement.

Quelles langues parle-t-on vraiment à l’île Maurice ?

Trois langues cohabitent au quotidien, chacune avec son territoire.

Le créole mauricien est la langue du cœur et de la rue. C’est la langue maternelle de la grande majorité de la population, celle des conversations entre amis, du marché, de la maison. Il est largement construit sur du français : au bout de quelques mois, vous en comprendrez une bonne partie sans l’avoir appris.

Le français est la langue de la vie sociale et culturelle. La presse écrite est majoritairement francophone, les radios parlent français, l’enseignement se fait en grande partie en français, et les échanges commerciaux courants aussi. C’est la langue dans laquelle vous ferez vos courses, inscrirez vos enfants à l’école et discuterez avec votre voisin.

L’anglais est la langue officielle, mais surtout sur le papier. Il domine l’administration, les textes de loi, le Parlement et une partie du monde des affaires. Vous le croiserez dans les documents officiels et les contrats, rarement dans une conversation spontanée.

À cela s’ajoutent les langues des communautés qui ont fait l’île : hindi, tamoul, télougou, marathi, ourdou, mandarin et hakka. Chacune raconte une vague d’arrivée, une histoire de famille, une origine. C’est ce qui rend Maurice aussi particulière : on y change de langue sans y penser, parfois trois fois dans la même phrase.

Ce que ça donne au quotidien

Vous parlez français à la boulangerie, vous signez un acte notarié rédigé en français chez un notaire de droit français, et vous remplissez un formulaire d’immigration en anglais. Les trois dans la même journée, sans que personne ne trouve ça étrange.

L’île Maurice est-elle française ?

Non, et c’est une confusion fréquente, souvent avec La Réunion, qui est à 200 kilomètres de là et qui, elle, est un département français.

L’île Maurice est un État indépendant depuis le 12 mars 1968, devenu république en 1992. Elle possède son gouvernement, son Parlement, sa monnaie (la roupie mauricienne) et sa propre fiscalité. Elle est membre du Commonwealth et, en même temps, de l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette double appartenance résume assez bien le pays.

Ce point compte pour un acheteur, et pas seulement pour la culture générale : vous n’achetez pas en France, vous achetez à l’étranger. Ce qui rassure, en revanche, c’est que le droit immobilier mauricien repose sur le code civil napoléonien. L’achat se fait en pleine propriété, devant notaire, avec des actes rédigés en français. Pour un Français, le mécanisme est familier de bout en bout, alors même qu’on est à 9 000 kilomètres de Paris.

Pourquoi le français a survécu à deux siècles britanniques

L’histoire mérite d’être racontée, parce qu’elle explique tout le reste.

Les Hollandais abandonnent l’île en 1710. Les Français s’y installent en 1715 et la baptisent Isle de France. Pendant près d’un siècle, ils la développent : Port-Louis devient un port stratégique de l’océan Indien, les plantations de canne à sucre structurent l’économie, et l’île sert de base aux corsaires qui harcèlent les navires marchands britanniques. C’est d’ailleurs cette activité de corsaires qui finit par décider Londres à passer à l’action.

En 1810, les Britanniques prennent l’île. Et là se joue le moment décisif : les conditions de la capitulation sont exceptionnellement généreuses. Les habitants conservent leur langue, leur religion, leurs lois et leurs coutumes. Ils ne doivent allégeance qu’à la Couronne. Ailleurs, dans des situations comparables, les populations étaient déplacées ou assimilées. Ici, non.

Les Britanniques, peu nombreux et peu enclins à s’installer durablement, laissent la société mauricienne fonctionner telle quelle. L’abolition de l’esclavage en 1835 bouleverse profondément l’économie et amène des travailleurs engagés venus d’Inde, qui deviendront la composante démographique majoritaire du pays. Mais la vie culturelle, la presse et l’enseignement restent largement francophones.

Résultat : deux siècles de présence britannique ont donné à Maurice une langue officielle anglaise et des institutions de type britannique, sans jamais déloger le français de la vie quotidienne.

Bassin aux nénuphars géants du jardin de Pamplemousses, créé par l'intendant français Pierre Poivre à l'île Maurice
Le jardin de Pamplemousses, voulu par l’intendant français Pierre Poivre au XVIIIe siècle, reste l’un des héritages les plus visibles de la période Isle de France.

Trois siècles de français à l'île Maurice

  1. 1715 La France prend possession de l'île et la baptise Isle de France. Port-Louis devient un port stratégique.
  2. 1810 Les Britanniques s'emparent de l'île. La capitulation laisse aux habitants leur langue, leur religion et leurs lois.
  3. 1835 Abolition de l'esclavage. L'arrivée des travailleurs engagés indiens transforme durablement la société.
  4. 1968 Indépendance. L'anglais devient langue officielle, le français reste la langue de la vie courante.
  5. Aujourd'hui Créole à la maison, français dans la presse et à l'école, anglais dans les textes de loi. Et des actes notariés en français.

Ce que la langue change concrètement quand on s’installe

J’ai quitté la Côte d’Azur il y a quinze ans. Je peux vous dire ce que la langue change, parce que je l’ai vécu et parce que j’accompagne des familles là-dessus toutes les semaines.

Les démarches. Ouvrir un compte, souscrire une assurance, comparer deux devis de travaux : tout cela se fait en français dans l’immense majorité des cas. Vous ne signez pas des documents que vous ne comprenez pas, vous ne dépendez pas d’un traducteur, vous ne subissez pas ce décalage permanent qui épuise tant d’expatriés ailleurs.

L’école des enfants. C’est souvent le point qui décide une famille. Maurice compte plusieurs établissements homologués par l’Éducation nationale française, qui suivent les programmes français. Un enfant qui arrive en cours de CM2 reprend en CM2, avec le même programme, et pourra revenir en France sans perdre une année. Pour un parent, c’est un poids en moins, considérable.

La vie sociale. Se faire des amis suppose de comprendre les sous-entendus, l’humour, les silences. En français, vous y arrivez en quelques mois. Dans une langue étrangère, il faut souvent des années, et beaucoup renoncent avant.

Le travail et les affaires. Une réunion se tient en français, un devis se négocie en français. Si vous montez une activité, vous partez avec une longueur d’avance sur un expatrié non francophone.

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Le revers de la médaille, parce qu’il y en a un

Je conseille sans détour, alors disons les choses.

L’anglais reste la langue officielle, et il vous rattrapera. Les textes de loi, les formulaires d’immigration, certains contrats et une partie des échanges avec l’administration se font en anglais. Vous n’avez pas besoin d’être bilingue, mais un anglais scolaire correct vous évitera des allers-retours et des malentendus.

Le créole, ensuite. Beaucoup d’expatriés français ne font aucun effort dans cette direction, et le vivent mal sans savoir pourquoi. Vous n’avez pas besoin de le parler, tout le monde vous répondra en français. Mais comprendre quelques expressions, saluer en créole, montrer que vous vous y intéressez : ça change complètement la façon dont on vous accueille. Ce n’est pas une question linguistique, c’est une question de respect, et les Mauriciens y sont sensibles.

Enfin, un mot sur le français mauricien lui-même. Il a ses tournures, son rythme, ses mots à lui. On y « prend un bus » comme ailleurs, mais on vous dira aussi de « faire un tour en ville » pour aller au marché. C’est un plaisir plutôt qu’une difficulté, mais les premières semaines demandent une oreille attentive.

L'erreur classique

Croire qu’on peut s’installer sans jamais ouvrir un document en anglais. C’est faux pour les démarches d’immigration et pour certains actes administratifs. Prévoyez, à défaut de le parler, de pouvoir le lire.

Vos questions sur la langue à l’île Maurice

La langue à l'île Maurice : vos questions

Quelle est la langue officielle de l'île Maurice ?

L'anglais est la langue officielle : c'est celle de l'administration, des textes de loi et du Parlement. Mais dans la vie courante, le créole mauricien domine et le français est omniprésent dans la presse, l'enseignement et le commerce. Aucune loi ne consacre le français, il s'est simplement maintenu depuis la période Isle de France.

Est-ce que l'île Maurice est française ?

Non. L'île Maurice est un État indépendant depuis le 12 mars 1968, devenu république en 1992, avec son gouvernement, sa monnaie et sa fiscalité propres. La confusion vient souvent de La Réunion, située à environ 200 kilomètres, qui est un département français. Maurice est à la fois membre du Commonwealth et de la Francophonie.

Peut-on vivre à l'île Maurice sans parler anglais ?

Au quotidien, oui : le français suffit pour les courses, l'école, les commerces, la santé et la plupart des échanges professionnels. En revanche, les démarches d'immigration, certains contrats et les documents officiels sont en anglais. Un niveau scolaire vous suffira, mais pouvoir lire l'anglais évite bien des allers-retours.

Le créole mauricien est-il difficile à comprendre pour un Français ?

Il est largement construit sur du français, avec une grammaire simplifiée et des mots venus du malgache, du tamoul et de l'anglais. En quelques mois, on en saisit une bonne partie sans l'avoir appris. Vous n'avez pas besoin de le parler, tout le monde vous répondra en français, mais montrer que vous vous y intéressez change beaucoup dans la façon dont on vous accueille.

Y a-t-il des écoles françaises à l'île Maurice ?

Oui, plusieurs établissements sont homologués par l'Éducation nationale française et suivent les programmes français. Un enfant poursuit sa scolarité sans rupture et peut revenir en France sans perdre une année. C'est souvent l'élément qui emporte la décision d'une famille, et le poste de budget à anticiper le plus sérieusement.

Les actes immobiliers sont-ils rédigés en français ?

Oui. Le droit immobilier mauricien repose sur le code civil napoléonien : l'achat se fait en pleine propriété, devant notaire, avec des actes en français. Pour un acheteur français, le mécanisme est familier de bout en bout, ce qui lève une grande partie de l'appréhension liée à un achat à l'étranger.

Ce que j’en retiens, après quinze ans

La langue n’est pas un détail de confort. C’est ce qui fait qu’une installation réussit ou s’enlise. J’ai vu des familles très bien préparées financièrement repartir au bout de dix-huit mois parce qu’elles n’avaient jamais réussi à se sentir chez elles. Ce n’est presque jamais arrivé à Maurice, et le français y est pour beaucoup.

Vous arrivez dans un pays étranger, avec sa fiscalité, ses règles et sa culture propre, mais vous y comprenez ce qui se dit dès le premier jour. C’est une situation rare, et c’est probablement ce qui explique que tant de Français qui viennent voir restent. Expat un jour, expat toujours.

Si vous préparez un projet d’installation ou d’achat et que vous voulez en parler concrètement, écrivez-moi. Je vous dirai ce qui correspond à votre situation, y compris si ce n’est pas de m’acheter un bien.

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Romuald Rousseaux

Romuald Rousseaux

Depuis 2001, l'immobilier est mon métier, d'abord sur la Côte d'Azur, dans le luxe. Il y a quinze ans, nous avons acheté ici une résidence secondaire ; nous n'en sommes jamais repartis. La sécurité, l'école des enfants, le climat : l'évidence s'est imposée d'elle-même.

J'accompagne aujourd'hui des expatriés, des retraités et des investisseurs, souvent les trois à la fois. Mon rôle n'est pas de vous vendre un bien, c'est de vous dire lequel vous correspond, quitte à vous dire d'attendre. Ce qui doit être pour vous sera pour vous.

Expat un jour, expat toujours.