Côte rocheuse volcanique à l'aube à l'île Maurice, montagnes en silhouette au loin

Pêche au gros à l’île Maurice : permis, saisons et réglementation

Tourisme et Loisirs Romuald Rousseaux 10 min

À deux milles de la côte ouest, le fond passe de trente mètres à plus de mille. C’est toute l’explication de la pêche au gros à l’île Maurice : il n’y a pas de plateau continental, la grande profondeur commence presque au pied de la barrière de corail, et les prédateurs du large chassent à un quart d’heure de bateau du rivage.

Cette configuration est rare. Dans la plupart des destinations de pêche, atteindre les zones de marlins demande deux à trois heures de navigation, ce qui grève la journée et le budget. Ici, vous quittez le port à six heures et vos lignes sont à l’eau avant sept heures.

Reste la question que l’on me pose invariablement ensuite, et à laquelle l’internet francophone répond très mal : faut-il un permis, et lequel ?

Le permis : la réponse tient en une phrase

Si vous pêchez depuis un bateau affrété auprès d’un opérateur professionnel, ce qui est le cas de la quasi-totalité des visiteurs, vous n’avez aucun permis individuel à demander. C’est le bateau qui est licencié, pas le pêcheur. L’opérateur détient l’autorisation d’exploitation délivrée par les autorités mauriciennes, et vous pêchez sous couvert de cette licence.

C’est l’inverse de ce que laissent croire beaucoup de pages qui parlent de « permis de pêche sportive » à obtenir avant de partir. Vous n’avez pas à remplir de formulaire depuis la France, ni à prévoir un délai administratif. Vous réservez une sortie, vous vous présentez au ponton, vous pêchez.

Les situations où une démarche devient nécessaire sont les suivantes :

  • Vous voulez pêcher depuis votre propre bateau, parce que vous résidez ici et que vous en avez acquis un. Il faut alors immatriculer l’embarcation et vous conformer au régime applicable, ce qui se traite auprès du ministère chargé de la pêche.
  • Vous voulez pêcher à l’intérieur d’une aire marine protégée. La réponse est presque toujours non, et une autorisation spécifique est requise dans les rares cas où c’est possible.
  • Vous pêchez du bord, à la ligne, en dehors de toute zone protégée. C’est une pratique courante et tolérée sur une grande partie du littoral, mais renseignez-vous localement : le statut du terrain d’accès et les zones interdites changent d’un endroit à l’autre.

Vérifiez auprès de votre opérateur, pas auprès de moi

La réglementation de la pêche relève du ministère mauricien chargé de la pêche et des ressources marines, et elle évolue. Je décris ici le fonctionnement tel qu’il s’applique en pratique aux visiteurs. Avant de réserver, demandez à l’opérateur son numéro de licence et confirmez avec lui les espèces, les quotas et les zones du jour. Un professionnel sérieux répond à ces trois questions sans hésiter.

Ce que vous pêchez, et quand

Les eaux mauriciennes sont réputées pour quelques grandes espèces, et la saison compte autant que le lieu. La règle générale est que l’été austral, de novembre à avril, correspond au pic des grands marlins, tandis que l’hiver austral favorise d’autres espèces et offre une mer parfois plus formée sur les façades exposées.

Les prises que l’on vient chercher ici :

  • Le marlin bleu, la pièce maîtresse, surtout présent pendant l’été austral. C’est lui qui a fait la réputation internationale de l’île.
  • Le marlin noir et le marlin rayé, plus discrets mais bien présents.
  • Le thon jaune et le thon dents de chien, ce dernier étant une spécialité locale très recherchée des pêcheurs au jig.
  • Le wahoo, rapide et combatif, et la dorade coryphène, plus accessible.
  • Les requins, dont le mako, sur lesquels les pratiques ont beaucoup évolué vers la relâche.
Deux cannes de traîne et leurs moulinets à l'arrière d'un bateau au large de l'île Maurice
La traîne reste la technique dominante pour les marlins : les lignes filent derrière le bateau à vitesse lente, parfois pendant des heures, jusqu’à la touche.

Les grandes espèces au fil de l'année

EspèceMeilleure périodeCe qu'il faut savoir
Marlin bleuÉté austral, novembre à avrilLa pièce maîtresse, celle qui a fait la réputation de l'île. Relâche vivement recommandée.
Marlin noir et rayéÉté austral, plus irrégulierMoins fréquents que le bleu, mêmes techniques, mêmes zones.
Thon jauneUne large partie de l'annéeSe garde pour la table. Le partage avec l'équipage est d'usage, mettez-vous d'accord avant.
Thon dents de chienSelon les zones et le moisUne spécialité locale très recherchée des pêcheurs au jig. Combat réputé brutal.
WahooPlutôt hiver australLe plus rapide de la liste. Excellent à table.
Dorade coryphèneUne large partie de l'annéeLa plus accessible, idéale pour une première sortie sans frustration.

Les périodes sont des tendances, pas des garanties : une saison de pêche varie d'une année à l'autre. Confirmez avec votre opérateur au moment de réserver.

Où l’on pêche : l’ouest et le sud-ouest, principalement

La côte ouest concentre l’essentiel de l’activité, pour deux raisons qui n’ont rien de commercial. D’abord, c’est là que le tombant est le plus proche du rivage. Ensuite, c’est la façade abritée de l’alizé de sud-est, donc celle où la mer reste maniable quand l’est est hachée.

Les ports d’où partent les sorties sont principalement Rivière Noire, qui est la capitale historique de la discipline à Maurice, ainsi que Le Morne, Tamarin et, plus au nord, Trou aux Biches et Grand-Baie. Rodrigues, à quinze cents kilomètres à l’est, est une destination de pêche à part entière, réputée pour ses gros spécimens, mais cela suppose un vol supplémentaire et un séjour dédié.

Ce partage des façades par le vent n’est pas propre à la pêche : c’est le paramètre qui commande à peu près toutes les activités nautiques de l’île, et je l’explique en détail dans mon article sur les sports nautiques à Maurice.

Bateau de pêche au gros au lever du soleil au large de la côte ouest de l'île Maurice
Les sorties partent à l’aube. C’est le moment où l’activité de chasse est la plus forte et où la mer est la plus plate.

Les zones où l’on ne pêche pas

Elles sont peu nombreuses mais strictement fermées, et l’ignorance n’est pas une excuse recevable.

  • Le parc marin de Blue Bay, dans le sud-est, environ trois cent cinquante hectares de récif protégé. Pêche interdite, plongée et snorkeling encadrés.
  • Le parc marin de Balaclava, sur la côte nord-ouest, sous un régime comparable.
  • L’Île aux Aigrettes et ses abords, réserve naturelle.
  • Les aires marines de conservation volontaire, dont Roches Noires et Anse La Raie, où les activités destructrices sont bannies par accord avec les communautés locales.

S’y ajoutent des règles qui ne dépendent pas d’un périmètre. La chasse sous-marine avec bouteille est interdite. Le prélèvement de corail, vivant ou mort, est interdit. Et l’approche des cétacés est réglementée par des distances minimales, sujet que je traite en entier dans mon article sur l’observation des dauphins et des baleines, où j’explique aussi pourquoi je déconseille la nage avec les dauphins telle qu’elle se pratique aujourd’hui à Tamarin.

Recevoir nos analyses sur Maurice

Un e-mail de temps en temps, écrit par l'agence : marché, fiscalité, vie sur place.

Le tag and release, et pourquoi je vous le recommande

Voici le point sur lequel la pêche mauricienne a le plus changé en quinze ans, et c’est une bonne nouvelle.

Ramener un marlin de plusieurs centaines de kilos sur le ponton pour la photo était la norme. Ce ne l’est plus. La pratique dominante chez les opérateurs sérieux est désormais le marquage et relâche : le poisson est amené au bateau, mesuré, parfois marqué d’une balise pour le suivi scientifique, photographié à l’eau, puis relâché. Les billfish, marlins et voiliers, se prêtent bien à cette pratique quand le combat n’a pas été trop long.

Trois raisons de le demander explicitement lors de votre réservation :

  1. La ressource. Les populations de grands prédateurs pélagiques sont sous pression partout dans le monde. Un marlin relâché continue de se reproduire.
  2. Le sens de la sortie. Vous n’allez pas rentrer avec trois cents kilos de chair que vous ne mangerez pas et que personne ne vous achètera.
  3. La qualité de l’opérateur. Un équipage qui pratique correctement la relâche est un équipage qui sait manipuler un poisson vivant, donc un équipage compétent. C’est un excellent révélateur.

Les espèces destinées à la table, thons et dorades notamment, se gardent évidemment, et la coutume veut que la prise soit partagée entre le client et l’équipage. Discutez-en avant de partir, cela évite les malentendus au retour.

Comment choisir son opérateur

C’est la partie où l’on se fait avoir, et où quelques questions simples changent tout. Voici celles que je conseille de poser, dans cet ordre :

  1. Quelle est votre licence, et puis-je en voir le numéro ? Une réponse évasive termine la conversation.
  2. Combien de pêcheurs à bord ? Sur un bateau à quatre cannes, être six clients signifie attendre son tour la moitié de la journée.
  3. Que se passe-t-il en cas de bredouille ? Il n’y a jamais de garantie de prise, et méfiez-vous de qui vous en promet une. Mais certains opérateurs proposent un geste commercial, et la façon de répondre à cette question en dit long.
  4. Relâche ou conservation ? Voir plus haut.
  5. Que comprend le tarif ? Matériel, appâts, boissons, transferts. Les écarts entre annonces viennent souvent de là plutôt que d’une différence de qualité.

Sur les tarifs

Je ne publie pas de fourchette de prix pour les sorties de pêche au gros : elles varient énormément selon la taille du bateau, la durée, le mois et le nombre de participants, et tout chiffre que je donnerais serait faux dans six mois. Demandez trois devis pour la même formule et la même date, vous aurez immédiatement le prix du marché du moment. Pour les ordres de grandeur des autres activités de l’île, mon article sur l’île Maurice en août en donne quelques-uns, avec la même réserve.

Ce qu’il faut savoir avant de monter à bord

Quelques points pratiques que les brochures oublient.

Le mal de mer est réel. Une fois franchie la barrière de corail, vous n’êtes plus dans le lagon : il y a de la houle, et le bateau reste au ralenti pendant des heures, ce qui est la pire configuration. Si vous y êtes sensible, prenez un traitement la veille au soir et non le matin même, et restez à l’air libre en regardant l’horizon.

Le soleil du large est sans pitié. Réverbération sur l’eau, absence d’ombre, vent qui masque la brûlure. Chapeau, lunettes polarisées, crème haute protection et manches longues techniques. J’ai vu des sorties de rêve gâchées par un coup de soleil qui a plombé le reste du séjour.

Une journée de pêche est une journée entière. Comptez huit à dix heures pour une sortie complète, souvent moins pour une demi-journée. Ce n’est pas une excursion à caser entre deux activités, et ce n’est pas non plus une sortie familiale si vos enfants sont petits : l’ennui arrive vite quand les lignes ne bougent pas.

La météo commande. Une sortie s’annule pour cause de mer trop formée, et c’est une bonne nouvelle quand elle s’annule. Prévoyez cette activité en début de séjour plutôt qu’à la veille du départ, pour garder une fenêtre de report. La saison cyclonique, de novembre à avril, coïncide d’ailleurs avec la meilleure saison des marlins : c’est le paradoxe de cette pêche.

Côte rocheuse volcanique mauricienne à l'aube, montagnes en silhouette au loin
Le départ se fait avant le lever du jour. C’est souvent le plus beau moment de la journée, même quand les poissons ne mordent pas.
Faut-il un permis pour pêcher à l'île Maurice ?

Si vous pêchez depuis un bateau affrété auprès d'un opérateur professionnel, ce qui est le cas de la quasi-totalité des visiteurs, vous n'avez aucun permis individuel à demander. C'est le bateau qui est licencié, pas le pêcheur. Vous n'avez donc rien à préparer depuis la France, ni délai administratif à prévoir. Une démarche devient nécessaire si vous pêchez depuis votre propre bateau en tant que résident, ou si vous voulez accéder à une zone protégée, ce qui est presque toujours refusé.

Quelle est la meilleure saison pour la pêche au gros ?

L'été austral, de novembre à avril, correspond au pic des grands marlins, et c'est la période que visent les pêcheurs qui viennent pour cette espèce. D'autres poissons se prennent une large partie de l'année. Le paradoxe de cette pêche est que la meilleure saison des marlins coïncide avec la saison cyclonique officielle, qui court du 15 novembre au 30 avril : prévoyez votre sortie en début de séjour pour garder une fenêtre de report.

Où partent les sorties de pêche ?

Principalement de la côte ouest et du sud-ouest, pour deux raisons qui n'ont rien de commercial. D'abord le tombant y est le plus proche du rivage : le fond passe de trente mètres à plus de mille à deux milles de la côte. Ensuite c'est la façade abritée de l'alizé de sud-est, donc celle où la mer reste maniable. Rivière Noire est la capitale historique de la discipline, suivie du Morne, de Tamarin, puis de Trou aux Biches et Grand-Baie plus au nord.

Combien coûte une sortie de pêche au gros ?

Je ne publie pas de fourchette, et je m'en explique : les tarifs varient énormément selon la taille du bateau, la durée, le mois et le nombre de participants, et tout chiffre donné ici serait faux dans six mois. La bonne méthode consiste à demander trois devis pour la même formule et la même date : vous aurez immédiatement le prix du marché du moment. Vérifiez surtout ce que le tarif comprend, matériel, appâts, boissons et transferts, car les écarts viennent souvent de là.

Peut-on garder son poisson ?

Cela dépend de l'espèce. Les poissons destinés à la table, thons et dorades notamment, se gardent, et la coutume veut que la prise soit partagée entre le client et l'équipage : mettez-vous d'accord avant de partir pour éviter les malentendus au retour. Pour les marlins, la pratique dominante chez les opérateurs sérieux est désormais le marquage et la relâche, et je vous recommande de la demander explicitement au moment de réserver.

Où la pêche est-elle interdite ?

Dans les aires marines protégées, principalement le parc marin de Blue Bay dans le sud-est, environ trois cent cinquante hectares de récif, et le parc marin de Balaclava sur la côte nord-ouest. S'y ajoutent l'Île aux Aigrettes et ses abords, ainsi que les aires marines de conservation volontaire de Roches Noires et Anse La Raie. Indépendamment des périmètres, la chasse sous-marine avec bouteille est interdite, comme le prélèvement de corail vivant ou mort.

Une sortie de pêche convient-elle à toute la famille ?

Rarement, et je préfère le dire avant qu'après. Une sortie complète dure huit à dix heures, se déroule au large avec de la houle, et il peut ne rien se passer pendant des heures. Le mal de mer est fréquent car le bateau reste au ralenti, ce qui est la pire configuration. Si vos enfants sont petits ou si vous n'êtes pas pêcheur, une demi-journée en catamaran dans le lagon vous donnera bien plus de plaisir.

Ce que j’en dis

La pêche au gros est l’une des rares activités mauriciennes qui ne se substitue à rien d’autre : ce n’est ni une plage, ni une excursion en catamaran, ni une visite. C’est une discipline, avec ses codes, sa saison et ses journées blanches. Si vous n’êtes pas pêcheur, une sortie ne vous convertira pas, et vous passerez huit heures à regarder deux cannes qui ne bougent pas. Je le dis franchement parce que je préfère un client qui renonce à un client déçu.

Si vous l’êtes en revanche, c’est l’un des vrais arguments de l’île, et c’est un argument qui compte pour ceux qui envisagent de s’installer. Avoir le grand large à quinze minutes du port, toute l’année, avec des professionnels compétents et une réglementation qui protège la ressource, cela ne se trouve pas partout. Plusieurs de mes clients ont choisi la côte ouest pour cette raison précise, et je regarde désormais l’accès au port quand je leur montre un bien dans ce secteur.

Venez passer une semaine avec moi si vous voulez tester avant de décider : une sortie en mer, deux ou trois visites de biens dans l’ouest, et vous saurez si le rythme d’ici vous convient. Expat un jour, expat toujours, mais mieux vaut l’avoir essayé avant de signer.

Rester informé sur l'île Maurice

Nos analyses de marché, les évolutions fiscales et les conseils pratiques, directement par e-mail.

Romuald Rousseaux

Romuald Rousseaux

Depuis 2001, l'immobilier est mon métier, d'abord sur la Côte d'Azur, dans le luxe. Il y a quinze ans, nous avons acheté ici une résidence secondaire ; nous n'en sommes jamais repartis. La sécurité, l'école des enfants, le climat : l'évidence s'est imposée d'elle-même.

J'accompagne aujourd'hui des expatriés, des retraités et des investisseurs, souvent les trois à la fois. Mon rôle n'est pas de vous vendre un bien, c'est de vous dire lequel vous correspond, quitte à vous dire d'attendre. Ce qui doit être pour vous sera pour vous.

Expat un jour, expat toujours.